"Faut-il avoir peur des robots ?"
vendredi 5 avril 2019 -
Philippe Granarolo, philosophe, écrivain, adjoint au maire de La Garde, a rencontré les élèves des classes de BTS banque et de 2D3, en présence de leurs enseignants, Mme Lerozier et M. Carrion.
S’appuyant sur une bibliographie de référence pour étayer son propos, le philosophe fait le point sur cette question : que faut-il le plus craindre ? des êtres qui nous ressemblent (comme Handle le robot manutentionnaire de Boxton Dynamics) ou ces machines de type plateformes numériques (Murex, jump trading, Baxter…) ?
Vieux robots, vieilles peurs : les utopies de la Science-Fiction
Remontons dans le temps : dans l’antiquité Grecque, l’architecte Dédale a conçu Talos, géant de bronze pour surveiller l’île de Crête ; au 18e siècle, les automates mystérieux de Jacques Vaucanson intriguent ; les néo-écrivains de la science-fiction ont inventé des personnages automates et les cinéastes ont mis à l’écran ces personnages fantasmés.
Parmi eux, on peut citer quelques maitres du genre :
Isaac Asimov (1920-1992), premier grand écrivain de science-fiction, a défini la première loi de la robotique : « un robot ne peut blesser un être humain ou par son inaction, permettre qu’un être humain soit blessé  »
Au cinéma, en 1927, Fritz Lang crée Métropolis, où une robote devient grand superviseur dans une cité souterraine.
En 1968, Stanley Kubrick sort 2001, l’odyssée de l’espace, dans lequel un ordinateur devenu paranoïaque, se livre à une lutte à la vie et à la mort avec les cosmonautes.
En 1977, Star Wars est né. Plus tard encore, Terminator, Total Recall, Matrix, Transformers, Iron Man, Interstellar (2014), Ex machina (2015)… et bien d’autres illustrent le genre.
Les robots aujourd’hui, qu’en est-il ?
L’intelligence artificielle a progressé de façon exponentielle (Cf : Loi de Moore). En 40 ans, la capacité d’une puce s’est multipliée de plus d’un million.
Le système boursier est géré par des machines (trading Haute fréquence), les plateformes comme Amazon ou Alibaba en Chine, utilisent plus de 45000 robots, des trusts d’assurance au Japon, sont gérés par des robots…
Demain, « la guerre des intelligences  » aura-t-elle lieu ?
Dans le commerce, les jobs peu qualifiés sont remplacés par des robots.
Les banques sont gérées en ligne.
Dans le domaine médical, comme l’orthodontie, la radiologie, les spécialistes sont aussi remplacés par des machines…
La question de la gestion de la quantité des informations voit certaines professions disparaitre ou se transformer.
Selon les adeptes de l’hypothèse de la destruction créatrice (cf : Luc Ferry / Schumpeter / Sauvy), il y aura l’émergence de nouveaux métiers comme le ‘data scientist’, très créatif et pointu.
A cette menace de la disparition des métiers, s’ajoute la menace écologique (Remplacement robotique des abeilles par exemple, par un drône).
Dans le domaine de l’armée, l’apparition des « drônes-tueurs  » suscite des réactions : une pétition est lancée en 2017, contre les armes offensives autonomes.
Le « paradoxe du jardinier  » ou « paradoxe de Pinker  », nous dit qu’en I-A les problèmes difficiles sont faciles, et les problèmes difficiles sont faciles. Le métier d’ingénieur peut disparaitre mais pas celui de jardinier…
Certains chercheurs cherchent des solutions contre la ’singularité’, le moment où la machine va nous dépasser.
Emerge l’hypothèse du ‘lacet neuronal’, qui consiste à brancher la machine dans le cerveau, pour connecter l’homme à la machine. (cf : Ray Kurzweil, spécialiste du transhumanisme, directeur de l’université de la singularité).
Cette distinction entre biologique et mécanique, entre réalité physique et virtuelle, est un enjeu majeur.
Elon Musk, Bill Gates, Stephen Hawking, poussent un cri d’alerte.
Des solutions… à l’ère de « l’obsolescence programmée de l’homme  » ?
Alors dans ce contexte, quelle nouvelle place pour l’humain ?
Des propositions politiques émergent, comme la réduction du temps de travail, le revenu universel, le revenu de reconversion de vie, l’évolution juridique…
Pour rester sur des hypothèses optimistes, l’atout de l’homme est sa créativité, une idée de la morale, qui assure la stabilité des communautés, l’erreur (contre la pensée unique du robot).
« Les hommes peuvent vivre avec les robots, s’ils préservent leurs droits sur les données et s’ils conservent le pouvoir sur l’Intelligence Artificielle  ». Est-ce un vÅ“u pieu ?
N. Deltorre




